A’yarahskwa’ / J’avance mon chemin (2019)

Author: Jean Sioui

Disponible sur le site de Mémoire d’encrier

Description tiré du site de Mémoire d’encrier :

La poésie aide à résister. La vérité s’appelle tradition, humour, sagesse. Jean Sioui, aîné de la communauté wendat, met lumière et couleurs sur la réalité : « Mes pensées rencontrent celles de mes ancêtres. Je veux simplement que vous voyagiez avec moi. »

Mot de l’auteur :

La blessure est grande. Les gens de mon peuple sont en train de se soigner. On a eu une longue période de survie, celle de nos parents, qui luttaient contre la faim et l’humiliation. Ils ont tout fait pour vivre simplement. Ils se sont tournés vers le tourisme et l’artisanat. Nos jeunes ont soif de se connaître. Ils n’acceptent plus ça. Ils nous forcent à l’authenticité, à l’art, à la poésie. Ce ne sont pas des plumes, des macarons ni des habits qui font un Indien, c’est une âme.


« Prologue » A’yarahskwa’ / J’avance mon chemin (2021)
Chacun de nous est un élément de la Terre Mère mais unifié, en cercle vers l’accomplissement d’un destin honorable.

J’ai un territoire, je l’investis. Je l’occupe non seulement physiquement, mais aussi sur le plan de l’imaginaire. Je l’anime de ma culture. Pour m’épanouir, j’ai besoin de ce territoire particulier à raconter. Un territoire dans lequel plonger mes racines. Mes pensées rencontrent celles de mes ancêtres. Je veux simplement que vous voyagiez avec moi. Que l’on sache chacun qui nous sommes pour mieux donner vie et visibilité à nos valeurs, nos cultures. Nous sommes Hommes et Femmes de couleurs, mariés sous l’Arbre de la Grande Paix.

Demain, peut-être, nous écrirons dans un même livre.

Hier, j’ai pris le chemin d’un ancien poste de trappe. Je l’ai trouvé détruit. Plus rien ne laisse croire à la vie qui habitait l’endroit il y a bien longtemps. Sauf peut-être quelques poils d’anciennes peaux de castors qui ont fait la richesse des commerçants. Les âmes de Radisson et de Des Groseillers ne hantent plus les lieux. Mon esprit a déjoué le temps. J’ai revitalisé le cœur du camp. J’ai fermé les yeux et j’ai vu dans un rêve éveillé le troc entre Blancs et Indiens. J’ai entendu le chant des Sauvages qui approchaient des comptoirs le dos courbé sous la charge des fourrures. J’ai imaginé l’échange du cuir contre la cuivre. J’ai reconnu le sourire mercantile des Français et les yeux rieurs des Hurons. Je me suis raconté l’histoire à l’envers du temps avant de rentrer en ville.

Le temps qui passe se camoufle dans l’espace. Comme la vague qui, derrière mon canot, devient lac, mes secondes résident dans l’éternité. Toi qui lis ce recueil, mets-le à chaque page dans le temps que tu choisis. Toutes les époques sont bonnes, toutes les lignes sont à l’heure indienne. Ce livre n’est pas écrit dans un monde raisonnable afin de te laisser le plaisir de l’affabulation, de l’évasion, du a’yarahskwa’, j’avance mon chemin. Donne-toi le droit de mêler les temps. Change ton heure à tous les poèmes. Tu seras toujours au bon moment. Avance ton chemin. Tout ce que tu liras peut s’être passé aujourd’hui comme hier. Ce que tu retiendras n’est qu’un rêve irréel sans date de pérennité.

Bonne lecture !

Jean Sioui

Extrait 2 A’yarahskwa’ / J’avance mon chemin (2021)

Portons à la ceinture
le sac ouvert de l’amour des forêts

Sur les épaules
le canot des confidences des grands lacs

Aux pieds
les mocassins de la terre

Aux portes de nos longues maisons
les ancêtres
soufflent des prières
dans des dollars imprimés
en valeurs du bonheur

Dans vos yeux
je vois le miroir de nos échanges

Extrait 3 A’yarahskwa’ / J’avance mon chemin (2021)
Mets des gants de dentelles
pour tanner ma peau

Glisse tes doigts dans ma hure
pour caresser mon cœur

Éloigne-toi de moi
pour construire ta seigneurie

N’achète pas mon âme

Ne me saigne pas à blanc

Pose tes pieds nus
sur la terre de mon corps

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