
Author: Joséphine Bacon
Available to purchase from Mémoire d’encrier
Description de l’œuvre, tiré de Mémoire d’encrier :
Avec Joséphine Bacon, commence une nouvelle histoire de la poésie québécoise. Voix de la sagesse et de l’histoire innue, elle défriche de nouveaux territoires et fait résonner la voix des aînés, enseignant ainsi les valeurs, les mythes et les croyances des peuples des Premières Nations. Cet ouvrage est une bouffée de fraîcheur.
Joséphine Bacon nous rassemble autour de son recueil Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat. Si son premier recueil Bâtons à message / Ishissinuashitakana (Mémoire d’en- crier, 2009) nous avait plongés dans la mémoire des origines, Un thé dans la toundra consti- tue une expérience insolite qui conjugue initiation et voyance. La verte toundra représente l’horizon et la patience qui fondent l’être selon certains principes comme l’ancrage à la Terre et le respect de la nature.
Excerpt from Un thé dans la toundra Nipishapui nete mushuat (2013)
Prologue
Lorsque j’ai vu la toundra pour la première fois, j’étais à Schefferville, accueillie par un grand chasseur de caribous, Ishkuateu-Shushep, et sa femme Maïna. C’était l’automne 1995. Se tenait alors le premier rassemblement des aînés de toutes les communautés innues. Dès mon arrivée, nous nous sommes rendus au campement. Les tentes étaient montées depuis la veille, les foyers installés, les feux allumés. Cela rappelait à Ishkuateu-Shushep les grands rassemblements de printemps, lorsque les différents clans convergeaient de leurs territoires de chasse pour descendre ensemble vers la côte. Les yeux illu- minés, Ishkuateu-Shushep vivait de nouveau cette période heureuse. Il renaissait. Il a serré la main de tous les aînés.
Le lendemain, nous sommes partis chasser le caribou. Nous avons quitté la taïga de Schefferville en pick-up. Nous avons traversé la Forêt verte. Ishkuateu-Shushep m’a fait remarqué les panaches de caribous accrochés à la cime des épinettes. Nous nous sommes arrêtés pour que je puisse bien les observer.
— Sais-tu pourquoi les Innus font cela ?
– Oui, pour que le Caribou revienne.
– Oui, mais c’est aussi pour montrer notre respect au Maître du Caribou, Atiku-napeu ou Papakassik.
J’étais en contemplation devant tant de respect de la part des vieux chasseurs. Je voyais de mes propres yeux les traces de ce rituel dont j’avais tant entendu parler dans les récits. C’était magique.
Nous avons fait de la route, de la route… Il y avait de moins en moins d’arbres, jusqu’à ce qu’Ishkuateu-Shushep me dise :
– C’est ça qu’on appelle Mushuau-Assi, la toundra.
Je me suis alors souvenue des paroles de Mishta-Napeu, celui qu’on appelait Grand Homme : « Si un jour tu vas à la toundra, tu sentiras que la Terre te porte. »
C’était vrai. Je voyais l’horizon tout autour. Il n’y avait plus de murs, comme si j’étais dans l’espace, suspendue dans le temps.
Jambes fatiguées Nue Ébahie, je vois
Joséphine Bacon, nomade de la toundra, nous fait parcourir, à la lumière du poème, des territoires inconnus. Gaston Miron, Saint-Denys Garneau et Paul Chamberland ont nommé Terre Québec ; Joséphine Bacon élargit le pays en nous initiant à la toundra et aux douces chansons de l’infini. L’horizon est offert avec tant de grâce et de naturel que nous lui sommes à jamais redevables de nous rappeler à l’essentiel : beauté, simplicité et volupté.
Back Cover of Un thé dans la toundra Nipishapui nete mushuat (2013)
J’avance, j’avance, j’avance
Pas lents, pas accélérés
J’ai vieilli depuis
Tu m’offres l’horizon
Loin

